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Fatigué de promener sa vache, un Peul s’assit in jour sous un hangar. Vint à passer Bali, le menteur. -j’ai soif, dit le peul. Veux-tu me chercher à boire ? -je reviens tout de suite, dit Bali. Mais il s’en fut d’abord dormir.
-tu en as mis du temps ! dit le Peul quand Bali revient avec son eau -quand je suis arrivé chez moi, j’ai trouvé les meubles en train de se disputer, dit Bali -et puis ? demande le Peul -et puis, je les ai mis d’accord, répond Bali. -c’est tout ? demande encore le Peul -non ! Nous n’avons à la maison qu’un canari. Ma mère met l’eau au fond, et ma marâtre dessus. J’ai dû séparer les deux eaux, mettre celle de ma marâtre à part afin de puiser l’eau de ma mère pour toi. Répond Bali. -ce n’est pas là un travail d’homme, dit le peul. Que fait ta mère ? - ma mère ? Elle était partie au royaume des ancêtres. Mais, à son retour, elle s’est aperçue qu’elle y avait oublié un de ses cheveux et elle est repartie ce matin avec mon père, pour le récupérer. -tu es un fameux menteur, dit le peul. Tien ! Depuis une lune je me promène avec cette maudite vache dans le dessein de l’offrir en cadeaux à celui qui ment trop. Je te décerne le premier prix de mensonge, Bali. Prends la vache. Bali prit la vache, et sans en rien dire à son père, il le confia à un autre Peul pour la lui garder. Ce Peul n’avait qu’un bœuf ; la vache de Bali se multiplia. Or, un jour le père de Bali, qui était malade, alla consulter le charlatan. Celui-ci lui prescrivit d’offrir un bœuf à son grand gris-gris, nommé «Soudi», sans quoi il mourrait avant qu’il fût peu. Le père de Bali n’avait ni bœuf, ni argent pour s’en procurer un. Il se refugia au fond de sa case et y pleura durant plusieurs heures. -pourquoi pleurez-vous père ? demande Bali -je pleure parce que je vais mourir avant qu’il soit peu. Le charlatan m’a dit d’offrir un bœuf au Soudi, mais je n’ai pas de bœuf ; alors je vais mourir, répond le père. -ce n’ai rien dit Bali. Allons chez un Peul, je vous trouverai bien un bœuf.
Et ils partirent tous les deux chez le Peul à qui Bali avait confié sa vache. -je viens chercher un de mes bœufs, dit Bali -un de tes bœufs !? dit le Peul, serais-tu cinglé ? Tous ces bœufs que tu vois, c’est mon bœuf qui les a faits, et non ta vache, mon garçon ! Bali n’ajouta pas un mot et repartit. Passant près d’une mare, Bali vit trois crapauds. Il les prit et les dépeça. Puis il se badigeonna les mains du sang des trois bêtes et retourna chez son Peul. -mon père que tu as vu tout à l’heure, vient de mettre un enfant au monde, dit Bali. Je viens te demander de me prêter ta corbeille pour me permettre de nettoyer toutes choses et de déposer le petit. Le Peul bondit comme un taon l’avait piqué -tu dis que ton père à mis au monde un enfant ! Et depuis quand les hommes mettent-ils au monde des enfants ? -pourquoi t’étonnes-tu si fort, dit Bali, toi qui viens de me dire que c’est ton bœuf qui avait fait tous les autres de ton pré ? Est-il plus facile à un bœuf d’accoucher qu’à un homme ? -tien !! dit le Peul, prends ta vache et tous les veaux qu’elle à faits depuis que tu me l’as confiée, et va-t-en au diable. Bali conduisit son troupeau au bord de la mare et il donna un bœuf à son père pour offrir son sacrifice au Soudi. Et son père fut sauvé.
C’est depuis ce temps paraît-il que les hommes n’ont jamais cessé de mentir, soit pour obtenir, soit pour éviter quelque chose.
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Personne ne nait éleveur, mais c'est une science que chacun peut apprendre.