Pour en finir avec la violence faite aux femmes au Burkina !
A l’initiative de l’Entraide féminine burkinabé (EFB), groupe membre de la Coalition burkinabé pour les droits de la femme (CBDF), une causerie-débat a eu lieu le jeudi 21 Janvier 2010 au siège de cette organisation sis à Gounghin.
Cette rencontre s’inscrivait dans le cadre des 16 jours d’activisme contre les violences faites aux femmes, activité qui a normalement lieu chaque année du 25 novembre au 10 décembre.
Introduite par la présidente de l’EFB et aussi présidente du CA de la CBDF, Mme Kaboré-Damiba Elisabeth, cette causerie (qui bénéficiait également de l’expertise de Mme Poussi, membre de l’EFB et du RECIF (Réseau de communication, d’information et de formation des femmes)), a exploré les différentes formes de violences faites aux femmes observées au Burkina.
Ce sont entre autres la violence conjugale (physique, psychologique, verbale), l’exclusion des filles mères, des femmes âgées faussement et injustement accusées de sorcellerie, les violences sexuelles (viol, inceste, pédophilie), l’adultère, les conséquences néfastes de la polygamie, le mariage forcé, le harcèlement sexuel, les mutilations génitales féminines (MGF), etc.
Les conférencières ont tenté d’expliquer les raisons de l’existence des violences faites aux femmes dans nos sociétés par le fait du patriarcat, de la domination des hommes sur les femmes, du silence des femmes elles-mêmes, du silence complice des familles et de l’ensemble du corps social, du dysfonctionnement juridique qui fait que les coupables sont rarement, sinon jamais sanctionnés.
Les exposantes ont mis un point d’honneur à rester très équilibrées dans leurs analyses de la situation avec des propos pacifiques, appelant au dialogue de toutes les composantes de la société pour mettre un terme à ce fléau qui gangrène la société burkinabé et ne favorise aucunement le développement ni la lutte contre la pauvreté.
Elles sont allées jusqu’à mentionner l’existence des violences faites aussi aux hommes par les femmes, même si vous conviendrez avec moi que des femmes qui battent leurs maris, ça ne court pas les rues de Ouagadougou ni ailleurs dans le pays.
Mais de le dire et ne pas le nier rendait leurs propos juste et équitables et cette honnêteté intellectuelle est à saluer.
La causerie a été suivie d’un théâtre forum avec des sketchs sur quelques aspects des violences faites aux femmes.
Le jeu des acteurs de la troupe Intersection était tellement réaliste et poignant qu’un voisin qui croyait à un véritable cas de violence sur une femme a surgi sur la scène lors du premier sketch pour se ruer sur le mari violent et arracher la femme des mains de son bourreau. C’est dire que la sensibilisation réussit avec une telle réaction vive.
D’autres dans l’assistance pleuraient, ma voisine qui n’avait pas été informée de la dramatisation a voulu elle aussi porter secours à la pauvre femme.
Hilarité générale donc dans l’assistance.
Les réactions de compassion avec les victimes (jouées par des actrices talentueuses) et les cris de désapprobation contre les bourreaux (rôles parfaitement assumés par des acteurs tout aussi pétris de talent) montrent que le sujet reste sensible, actuel et préoccupant pour tous et à tous les niveaux de l’échelle sociale.
Le débat a été enrichi de l’intervention d’une participante qui a déploré l’oubli d’une forme de violence, qui est celle des femmes elles-mêmes à l’endroit d’autres femmes. La violence inter féminine existe donc aussi partout, dans toutes les sphères de la société y compris dans les communautés religieuses. Cet état de fait choquant peut s’expliquer par l’intériorisation de la violence que les femmes ont acquise de par leur éducation et leur socialisation.
Car qui excise ? Qui organise les mariages forcés ? Qui brise les foyers en acceptant de jouer les rôles de maîtresses, premiers, deuxièmes et troisièmes bureaux ?
Les femmes !
Qui perpétuent les traditions avilissantes ?
Encore les femmes !
Qui sont les plus farouches réfractaires à l’évolution de comportements, des mentalités, des traditions ?
Toujours les femmes !
Car nous sommes trop souvent, hélas, nos propres ennemies.
J’ai déjà écrit ailleurs il y a longtemps que les femmes pouvaient être des louves pour les autres femmes. Attention à la dérive de faire échouer nos causes en étant nos propres fossoyeurs.
Soyons solidaires les unes avec les autres car une armée divisée ne peut gagner aucune bataille.
Restons donc unies et fortes d’abord entre nous pour ensuite espérer nouer des alliances stratégiques avec l’autre moitié du ciel car des entrailles qui ont fait sortir des Mandela, Yennenga, Guimbi Ouattara, etc. ne sauraient se disperser aux quatre vents de la désunion.
Une seule main ne ramasse pas la farine ; disent les Mossé.
Toutes et tous ensemble donc pour l’éradication totale de toutes les formes de violences faites aux femmes au Burkina car quelle intégrité pourrions- nous donc encore clamer et proclamer en ne respectant pas l’intégrité physique, morale et mentale de nos mères, épouses, sœurs et filles ?
Angèle Bassolé
Ecrivaine et Editrice.
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