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Conte africain: "Et ce fut un vrai village....", de Vincent Gagliardi
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Voici un très beau conte africain de Vincent Gagliardi. Les gravures par lui même sur l'ouvrage sont très bien faites!
"Et ce fut un vrai village.....
L'Esprit de la Terre vivait seul et s'ennuyait car autour de sa case il n'y avait que des cases vides. "Quel ennui!" se lamentait-il.
Ce qui le tracassait: ne pas avoir un seul compagnon pour fumer avec lui. Il y avait du tabac partout, c'est vrai, mais il était seul, tout seul. A midi, personne non plus ne lui préparait son repas. Fatigué de sa solitude, il décida de créer des hommes. "Ils me prépareront mes repas et fumeront avec moi".
Il se rendit dans la forêt et chercha l'arbre qui porte les noix nkula. Il le secoua. Des noix tombèrent. Il les ramassa et les apporta chez lui. Plusieurs jours de suite il se rendit dans la forêt et bientôt il eut chez lui un grand tas de noix. "Il y en a assez" dit-il.
Alors il versa ses noix dans un panier, le transporta au bord du grand lac où était sa barque, une grande et belle pirogue. Il versa son panier de noix dans la barque et appela un crocodile qui venait , curieux, de sortir sa tête hors de l'eau.
Le crocodile s'approcha à la nage et l'Esprit de la Terre l'attela pour tirer la barque. "Nage"! ordonna-t-il au crocodile, car l'esprit de la Terre ne ramait jamais lui même. Le crocodile ne se fit pas prier et se mit docilement à tirer la pirogue vers le milieu du lac, comme le lui demandait l'Esprit de la Terre. Le crocodile rama longtemps avec ses pattes puissantes. Longtemps, très longtemps. Droit devant lui. De fait, ce lac était un grand, grand lac. Si grand qu'on n'en voyait pas le rivage en face: il allait jusqu'où se couche le soleil.
Quand on ne vit plus aucune terre alentour,l'Esprit de la Terre ordonna au crocodile de s'arrêter, ce que fit le crocodile avec soulagement. L'esprit de la Terre prit une noix, la plus grande de toutes, souffla dessus et dit: "Tu seras le tout premier homme!". Il jeta la noix dans l'eau. Elle flotta et se mit à dériver vers le rivage. Puis ce fut le tour d'une seconde noix. Il souffla dessus et dit "Tu seras la toute première femme!". Là aussi, la noix flotta et se mit à dériver vers le rivage. L'une après l'autre, les noix furent ainsi jetées à l'eau et toutes dérivèrent en ribambelle.
Ayant fini, l'Esprit de la Terre ordonna au crocodile de le ramener au rivage. A l'arrivée,, sur le sable sec, une foule de gens l'attendait. "Me voici" dit le premier homme. Les autres crièrent "Nous aussi, nous voici!". Les femmes se tenaient en arrière. "Me voici!" dit la première femme. Les autres crièrent "Nous aussi, nous voici!".
L'Esprit de la Terre les conduisit dans son village et, arrivé sur la grande place, leur dit: "Ces cases sont les vôtres".
L'Esprit de la Terre devint ensuite le chef du village. Il s'asseyait avec ses gens. Les femmes faisaient la cuisine, fort bien...
Vrai de vrai, l'Esprit de la Terre ne s'ennuyait plus. Après le repas, tous fumaient et se racontaient des histoires."
FIN
Cela ne vous rappelle t'il pas Adam et Eve? Implicite judicieux par l'auteur!
François Chalais disait que "la solitude est un arbre sans fruits". C'est ce que l'on ressent ici avec l'Esprit de la Terre. Mais paradoxalement, "la solitude appelle la multitude" (Serge Bonnet et Bernard Gouley"). C'est ce qui se passe avec la multiplication de la population.
Par ce conte bien joli, on prend conscience que la fraternité et la solidarité fortifient les sociétés, conduisant ainsi au bonheur véritable de chacun.