Que signifient les concepts de « lévirat » et de « sororat » ?
Le lévirat
Selon le journal burkinabè Sidwaya (no 5809 du 26 Janvier 2007) le lévirat est un mot dérivé du latin « levir » qui signifie « beau-frère ». Le lévirat désigne un remariage d’une veuve avec le frère de son défunt mari.
Il semble que déjà dans la loi hébraïque, le lévirat était pratiqué. Il était donc l’union entre un homme et la veuve de son frère mort sans enfant, afin de perpétuer le nom du défunt et d’assurer la transmission du patrimoine.
Aussi, dans certaines sociétés surtout africaines, ce type particulier de mariage est-il une pratique coutumière qui renvoie à ces liens matrimoniaux entre une veuve, ayant ou non des enfants et le frère de son défunt mari. Cette pratique, souvent forcée et combinée avec la polygamie est encore pratiquée dans certains pays africains et en Afrique de l’Ouest dont le Burkina Faso, le Togo, le Mali, le Tchad, etc. Le Bénin l’a officiellement interdit en 2004. Sa pratique a permis de consolider le tissu familial, afin d’éviter la dispersion des enfants du défunt.
Le sororat
Le sororat est le remariage d’un veuf avec la soeur de son épouse. Cette coutume est particulièrement pratiquée lorsque la défunte laisse derrière elle des enfants en bas âge.
La justification que beaucoup de gens avancent est qu’elle pourrait s’occuper des enfants de sa défunte grande sœur. Le sororat, est une pratique autorisant le re-mariage du veuf avec la sœur de sa défunte femme.
Avantages
Recommandés en vue d’améliorer la qualité du tissu social d’une part et d’assurer une pérennisation dans la prise en charge des enfants du défunt ou de la défunte, d’autre part, le lévirat et le sororat ont été des réponses pertinentes, trouvées par plusieurs sociétés d’antan, afin de consolider l’harmonie socio-familiale et de garantir la cohésion sociale.
En ce qui concerne le lévirat par exemple, il reste donc indéniable que sa pratique, à des époques révolues, présentait des avantages (aux yeux de ceux qui le pratiquaient), en permettant la ré-insertion sociale de la femme et de ses enfants, après le décès de son époux. En effet, en lui permettant de se remarier à un frère ou à un fils (dans la culture nuna) de son défunt mari, la société évite la dislocation et retour de la femme dans sa famille d’origine (ou son remariage dans une autre famille).
En plus des avantages sociaux (consolidation du tissu familial, non dispersion des enfants du défunt), le lévirat exprime une forme de compassion morale à l’égard de la veuve éprouvée.
A propos, Pr Sylla disait «Et, à la différence des veuves qui se livrent à la prostitution pour faire vivre leur progéniture, le lévirat et le sororat constituent un excellent moyen pour contrer ce genre de solution extrême».
Le sororat, tout comme le lévirat, permettait d’éviter la dispersion des enfants après le décès de leur mère. Ils étaient ainsi placés sous la tutelle et la protection de leur « tante », qui chez les nuna, peut être une petite sœur, une cousine ou une nièce de la défunte.
Il était aussi une solution pour les femmes stériles, qui pouvaient permettre à leur mari d’avoir des enfants, par le biais de leur petite, nièce ou cousine, mariée à celui-ci.
Il visait donc à pérenniser les relations matrimoniales entre les familles, les segments de lignages, les lignages et les villages dont sont issus les deux époux.
La famille de la première fille du village à être mariée dans un autre, trouvait ainsi, permanemment dans ledit village, une répondante et une hôte lors des différents événements sociaux (funérailles, initiations culturelles diverses, fête des masques, etc.).
Des spécificités dans leur pratique chez les nuna
S’il s’avère qu’ailleurs, le sororat était un remariage d’un veuf avec la sœur de sa défunte femme, chez les nuna, l’homme de son vivant peut épouser deux ou plusieurs sœurs ou cousines germaines.
Dans la culture nuni, le représentait également un outil de rivalité entre épouses issues de familles différentes et de récupération de l’époux. Lorsqu’une des épouses sentait la perte des égards de l’époux au profit d’une plus jeune, elle faisait systématiquement venir une nièce, sœur ou cousine pour piéger l’époux.
Au départ, la pratique du sororat se justifiait et se faisait à un âge avancé de la première femme. En effet, celle-ci faisait venir sa petite sœur, sa cousine ou sa nièce pour l’aider dans ses travaux ménagers, champêtres et pour tenir le bébé (rôle de nourrice). Lorsqu’elle grandit, il revient à la grande sœur de décider de qui la marie. La pratique du sororat est également possible avec la nièce de l’épouse, de son vivant.
Mais dans la dynamique, l’écart d’âge n’est plus très grand dans certains cas. Pire, il se créé souvent une complicité entre l’époux (ou tout autre homme de la famille) et la sœur, cousine ou nièce, si bien que la femme est souvent mise devant le fait accompli.
Il arrive aussi, qu’un petit frère convoite la jeune fille et la mette enceinte pour disqualifier le frère aîné.
L’autre variante est liée à la pratique du lévirat, où la veuve peut se remarier à un fils de son défunt époux, qui ne soit pas son fils (ni celui de sa sœur ou de sa cousine germaine ou de sa nièce). Dans ce dernier cas, il arrive que le fils ou le frère du défunt mari soit moins âgé que la veuve (de son grand frère ou de son père).
. Le choix du frère ou du fils est fait par la femme et ensuite, l’homme est informé. Son avis est limité par la prohibition du refus, la tradition n’intègre pas suffisamment la demande de consentement de l’homme, tant qu’il est choisi par veuve
Il n’est pas non plus admis que la veuve choisisse de se marier à un homme plus âgé que son défunt mari ni à un homme d’une autre famille.
Dans la dynamique, il n’est pas rare de voir des frères candidats exprimer leurs égards (à travers des services, des dons, de la compassion envers la veuve) dans le délai de veuvage et réflexions qui lui ai attribué. Dans certains, plusieurs hommes aspirant à être l’heureux choisi, rentrent en compétition ou en rivalité. La femme devient un « bien » à « hériter ».
Limites ou inconvénients liés à leur pratique
Quoique le lévirat et le sororat aient présenté des avantages sociaux et moraux certains pour les sociétés les pratiquant, ils sont décriés actuellement pour les nombreux inconvénients. Il s’avère que ces pratiques ont pendant longtemps été des vecteurs des mariages forcés et sans consentements de la femme dans nos sociétés.
De nos jour, avec la monétarisation de l’économie et la rareté des ressources financière, la cherté de la vie, la pratique du lévirat et du sororat sont souvent sources de discordent entre les co-épouses, qu’elles soient « sœurs » ou pas. De nos jours en effet, il n’est pas rare que le favoritisme ou les égards particuliers envers la plus jeune des sœurs (exprimant des préférences) créent la discordent et la rivalité entre les deux sœurs.
Dans beaucoup de cas, la sœur aînée perd son foyer au profit de la plus jeune qu’elle a bien voulu (ou pas) mariée à son époux. Cela désempare alors la famille ou groupe de familles dont sont issues les « sœurs co-épouses ».
La femme mariée sous la forme du lévirat, est souvent rejetée par les premières femmes. Elle souvent perçue comme étant de trop ou malchanceuse. Les autres les accusent souvent d’avoir été la cause du décès de son premier époux. Les enfants également s’intègrent difficilement dans le deuxième mariage.
De nos jours, le lévirat est dénoncé comme étant une pratique rétrograde, limitant les droits des femmes, véhiculant aussi l’idée qu’une veuve fait «partie de l’héritage».
Il reste également indéniable que la pratique du lévirat et même du sororat (dont la pratique accroît considérablement le nombre moyen d’épouses chez les nuna), peut être un facteur favorisant la propagation du VIH-Sida et pouvant disséminer des familles entières.
Analogies ignorées entre un phénomène nouveau et des pratiques anciennes: de nouvelles formes de pratiques du sororat et du lévirat en milieu urbain ?
Nombreux sont ceux qui pensent que le fait que des femmes plus âgées se marient ou sont amantes d’hommes plus jeunes, relève seulement de phénomène nouveau lié à la modernité.
Pourtant, une analyse des analogies entre ce phénomène dit « nouveau » et des pratiques très anciennes, permet de conclure qu’il s’agit là, de faits qui existaient depuis longtemps dans certaines traditions, dont celles des sous-groupes nuna.
Cette situation émanait de la pratique du lévirat et du sororat (dans une moindre mesure), dont les formes varient selon les sociétés.
Cet état de fait prouve bien que contrairement à la société traditionnelle, celle moderne n’a pas trouvé de réponse à l’insertion des femmes citadines veuves, divorcées ou célibataires, et se retrouvant être seules. Beaucoup de femmes sont donc dans l’impasse dans ces circonstances.
Et comme la nature a horreur du vite, il s’est créé ce phénomène appelé « gigolo » où les amants plus jeunes que leurs amantes sont appelée « petits pompiers » et les femmes des « gnangni». Les femmes les plus « faibles » dans cette situation de solitude subite, se retournent vers des jeunes hommes, malheureusement toujours très intéressés et « formés » à la drague. On constate de nos jours que même les femmes au foyer qui souffrent, se prêtent à ce jeu.
Ce sont souvent les jeunes eux-mêmes qui provoquent les femmes (nanties), juste pour leur soutirer de l’argent et se faire désintéressés financièrement.
Il n’est pas rare d’entendre les hommes se convaincre que toutes les femmes ont des « petits pompiers », même leurs épouses. Ce qui n’est pas vrai. Car beaucoup de femmes savent qu’il s’agit de leurre qui finit toujours avec les sentiments plus douloureux chez la femme. Ces « prestataires » du plaisir, finissent toujours par s’en aller.
Pire, beaucoup en parlent et médisent.