Premièrement, définissons et distinguons le concept du micro-crédit du concept de la micro- finance
Le micro-crédit renvoie à l’attribution de prêts à courts termes et de faibles montants [de 100 à 200 euros/prêt] pour des entrepreneurs issus des populations démunies et n’ayant aucun accès au systeme bancaire traditionnel.
La micro-finance est un concept plus large et englobe l’épargne et la micro-assurance. Ce concept est un moyen pour lutter contre la pauvreté et contribue ainsi à l’amélioration durable des conditions de vie des femmes et des hommes. Ce concept leur permet de stabiliser leur autosuffisance alimentaire et de prendre en charge l’éducation et la santé de leur famille. En d’autres termes, la micro-finance vise l’autonomie et la dignité de la personne humaine.
Dans le cadre de ce blog, je me focaliserai sur le concept du micro-crédit. Néanmoins, je vous invite également à débattre ultérieurement sur le concept de la micro-finance.
De manière spécifique, le concept du micro-crédit permet d’aider des artisans ou des entrepreneurs en leur facilitant l’accès aux prêts bancaires. Ce concept se développe essentiellement dans les pays en voie de développement et permet de concrétiser des micro-projets en vue de dynamiser l’activité et la création de richesse.
L’Organisation des Nations Unies a reconnu le concept du micro-crédit et de sa pratique en 2005, et le prix Nobel de la paix a été accordé en 2006 à Muhammad Yunnus pour son travail.
L’origine du micro-crédit
Ce concept a été développé par Muhammad Yunnus en 1976 et ceci, par la création de la banque Grameen. À ses débuts, cet organisme permet d’accorder des prêts aux habitants pauvres du Bangladesh. Notons qu’à la fin du mois de mars 2011, la banque Grameen enregistra environ 10 milliards de dollars de crédits à plus de 8, 3 millions de membres.
De manière plus précise, le professeur Yunnus créa ce concept suite à une séance de travaux pratiques d’un cours d’investissement. Il demanda à ses élèves d’interviewer les marchands de tabourets [en bambou] d’un village. Suite à l’interview de plusieurs femmes de ce même village, les élèves et le professeur Yunnus se sont rendus compte que les femmes avaient un besoin essentiel de financement afin de dynamiser leur activité. Ces dernières demandaient une somme de 27 dollars pour dynamiser leur activité mais en raison de leur situation d’extrême pauvreté, ces femmes ne pouvaient obtenir aucun prêt du système bancaire traditionnel.
De par ces faits, le professeur Yunnus constata que ces villageoises n’avaient pas les moyens financiers suffisants pour développer leur commerce. Ainsi il décida de leur accorder un prêt permettant de dynamiser leur activité en achetant en masse leurs matières premières [bambou]; ce qui leur permit d’éviter les fluctuations trop grandes du prix du bambou.
Son idée consiste à solidariser les débiteurs. Autrement dit, un groupe de personnes déterminent le prêt et se porte caution. Dans le cas où un retard de paiement survient, aucun nouveau prêt ne peut être accordé. Ceci vise à former une pression mais également une solidarité entre les membres du groupe tout en garantissant un taux de remboursement de quasi 100%.
Les micro-projets sont essentiellement dédiés pour l’expansion de l’activité locale et concernent principalement l’entrepreneur ou l’artisan qui prend des initiatives en s’engageant personnellement. Cependant, la réalité est parfois bien différente. Quoi qu’il en soit, le concept du microcrédit vise différents secteurs tels que l’agriculture [groupements villageois, coopératives paysannes, organisations professionnelles agricoles], l’artisanat, le financement de l’économie, la protection sociale ou l’éducation. En vue d’un développement local, le micro-crédit permet l’amélioration de l’accès aux soins de santé, aux services de planification familiale, et a l’eau potable.
Quelques désavantages du micro crédit
Les taux d’intérêt du microcrédit sont plus élevés que les taux d’emprunts traditionnels. La moyenne mondiale du taux d’intérêt s’élève à plus de 37 %[1]. De ce fait, prêter aux pauvres peut engendrer des profits élevés ! Dès lors certaines banques commerciales fixent des taux qui s’élèvent à 100 % du montant emprunté. Certains fervents du microcrédit regrettent la tendance ou l’orientation actuelle du micro-crédit.
De ces constations, lors d’une réunion de responsables financiers au Nations Unies, Muhammad Yunnus déclare : « Nous avons créé le microcrédit pour combattre les usuriers ; nous ne l’avons pas créé pour susciter de nouveaux usuriers. Le microcrédit devrait être perçu comme la possibilité d’aider les gens à sortir de la pauvreté par le jeu du marché, et non comme un moyen de gagner de l’argent sur le dos des pauvres ».
Le Nigeria et le Mexique sont pointés du doigt pour leur taux d’intérêts élevés. En effet, le Mexique fixe parfois des taux scandaleux a 125%. Et à vrai dire, l’institution qui établit des taux d’intérêts aussi élevés peut inciter d’autres institutions à faire de même en vue de gagner toujours plus de profits.
Il faut noter que les emprunteurs sont souvent inexpérimentés et vivent dans des conditions de vie difficile. De ce fait, les emprunteurs ont surtout comme objectif principal de se nourrir au lieu de réaliser du profit à long terme. De plus, les emprunteurs n’ont souvent pas le temps d’étudier ou n’ont aucun pouvoir de négociation.
Le micro-crédit, une solution à la lutte contre la pauvreté ?
Il est difficile d’évaluer de manière générale l’impact des projets de microcrédits sur la situation économique des débiteurs et de leurs conditions de vie : certains projets ne sont pas générateurs de bénéfices et certains bénéfices de projets sont directement consommés au détriment du réinvestissement. De par ce fait, les stratégies de longs termes peuvent être limitées.
De plus, le concept actuel du micro crédit et de son utilisation devient souvent néfaste à la situation des emprunteurs accumulant des crédits en guise de remboursement des premiers prêts.
Notons que le nombre de suicides est en augmentation notamment dans l’état de l’Andhra Pradesh dans le Sud de l’Inde. En effet, le gouvernement comptabilise de plus en plus de suicides de citoyens criblés de dettes. Selon l’état, les organismes de micro-crédit seraient responsables de ces actions tragiques. Ces organismes prêteraient de l’argent aux Indiens très pauvres et augmenteraient de manière nuisible la pression pour le remboursement.
Les faits ont montrés que certaines banques, basées sur les principes de la Grameen Bank, auraient harcelé verbalement et physiquement les débiteurs non payeurs. Et certains employés auraient incité les personnes à vendre leur biens ou pire les auraient humiliées et les auraient par ce fait poussé au suicide.
À la suite de ces observations, il faut pouvoir distinguer le concept originel du micro-crédit et des pratiques abusives actuelles. Pour le professeur Yunnus, le taux d’intérêt devrait se situer entre 10 et 15%. Au-dessus de ce taux, le professeur Yunnus considère que le prêt se situe dans la zone rouge et que l’institution pratique abusivement le concept du micro-crédit. D’après les critères du professeur Yunnus, plus de 75% des entreprises se situeraient dans le rouge et pratiqueraient de manières abusives et opportunistes le concept du micro-crédit. Nous pouvons ainsi conclure que le concept du micro-crédit, malgré ses idées à orientation éthique et socialement responsable, est souvent la cible d’investisseurs opportunistes.
[1] http://www.courrierinternational.com/article/2010/04/22/microcredits-mais-maxiprofits