Quand on entend parler des solutions contre la pauvreté, il nous vient automatiquement en tête les Objectifs du millénaire de l’ONU pour les pays du Sud surtout ou encore les différentes campagnes de lutte contre la pauvreté au Nord.
En faisant l’état de la situation, on se rend compte, qu’on est encore loin des objectifs, en plus de la complexification du monde aujourd’hui. En effet, la crise économique, la mondialisation, les nouvelles pandémies sont à prendre en considération pour la lutte, ce qui rend le travail encore plus difficile.
En ce qui concerne les pays du Sud, avec les OMD, malgré les progrès mesurables, on est encore très loin de l’éradication de la pauvreté (sur les besoins primaires) et encore trop loin d’un meilleur partage des ressources. De plus, on ne sait plus si c’est la lutte contre la pauvreté ou la lutte pour le développement, car ces notions, quoique complémentaires, sont différentes. Ainsi, les améliorations concernant les OMD, ne sont pas garantes du développement, et vice versa. Sans développement en tant que tel, on ne peut pas éradiquer la pauvreté.
En ce qui concerne les pays du Nord, les campagnes gouvernementales, sont mises en place pour réduire la pauvreté relative, ou encore aider à une meilleure réinsertion des personnes atteintes de la pauvreté, car elles sont en marge de la société.
Mais, si l’on devrait faire un constat sur la situation actuelle, on pourrai dire que les mesures de lutte contre la pauvreté sont un échec, quelles que soient les zones géographiques, et ce, pour plusieurs raisons.
AU SUD
On a déclaré que les Objectifs du Millénaire lors de leur mise en place étaient trop ambitieux et ne seraient pas atteints, et c’est vraiment ce qui se passe aujourd’hui, à trois ans de la date buttoir.
Plusieurs raisons peuvent être mises en avant pour expliquer cette situation.
Tout d’abord, les objectifs n’ont pas vraiment pris en compte l’augmentation constante de la population, ainsi que la mauvaise répartition des ressources.
Le manque de coordination de l’aide, de communication et surtout de volonté politique empêche le bon fonctionnement des différents programmes. Par exemple, plusieurs documents de lutte contre la pauvreté sont mis en place (avec les DRSP), mais les OMD ne les intègrent pas, ce qui fait qu’il n’y aucune harmonisation des outils d’aide.
Comme le dit Georges Simmel, « les pauvres ne sont jamais la finalité de la lutte contre la pauvreté. C’est toujours la recherche d’une légitimité politique, l’imposition de réformes économiques ou l’affaiblissement de certaines forces sociales qui prennent le pas sur l’objectif légitime d’éradiquer la pauvreté. » Ainsi, la luttre contre la pauvreté n’est plus une fin en-soi, mais un moyen d’atteindre d’autres fins(politique, instauration du système libéral, etc.). On est bien loin du pauvre enfant somalien, dans ce cas là, il est juste un intrant d’une politique tout autre. Ce qui signifie souvent que la lutte conte la pauvreté est un moyen pour certain pays du Sud d’assoir leur influence dans la zone. La lutte contre la pauvreté devient un instrument politique, teinté de machiavélisme.
Une autre raison, de l’échec, est l’approche du problème. En effet, l’atteinte des OMD et donc la réduction de la pauvreté passe par le développement. Pour pousser à ce développement, il est nécéssaire d’engager des réformes économiques (moins contraignantes, voir l’échec des ajustements structurels), et volontaires, car la lutte contre la pauvreté qui va mener au développement passe par l’établissement de politiques économiques durables. En allant dans le sens des OMD, le problème est pris à l’envers, il faudrait ainsi renverser les priorités, car c’est comme cela que la lutte contre la pauvreté va être durable.
De plus, Kofi Annan affirme que les mesures sont trop superficielles, et ne prennent pas en compte tous les paramètres. Par exemple, un des paramètres qui n’est pas pris en compte est la réduction des inégalités. On peut réduire la pauvreté, tout en laissant les inégalités se creuser, ce qui est assez paradoxal, les pauvres seront plus pauvres et les riches plus riches. De plus, les inégalités empêchent la croissance à long terme, ce qui peut biaiser les résultats. Ceci est une approche complètement libérale de la lutte contre la pauvreté, mais on peut se demander si cela est adapté aux pays du Sud.
Ensuite, l’action n’est pas durable, car en ne cherchant qu’à éradiquer la pauvreté, on ne règle pas le problème du sous-développement.
Ainsi, d’autres politiques sont à repenser, afin d’aider les pays en développement. La coopération Sud-Sud est souvent à privilégier. Il faut aussi penser à intégrer le volet politique à cette lutte afin de permettre au pays d’avoir une certaine marge de manoeuvre. En plus de cela, l’accent devra être mis sur les politiques économiques adaptées aux pays.
Même si (dans un monde parfait) les OMD sont atteints, le monde ne sera pas plus juste, il y aura autant de milliards dépensés pour réduire la pauvreté, sans pour autant penser au développement, les ressources seront encore mal allouées…
Et si on commençait par le bas?
AU NORD
Dans les pays développés, on peut réellement parler de lutte contre la pauvreté, car le développement y est. Toutefois, les inégalités persistent, et l’écart entre les plus pauvres, et les plus riches se creuse.
De plus en plus de personnes ont recours à l’aide sociale, ou à l’aide alimentaire, et sont de plus en plus isolées dans leur pauvreté. En effet, le système de consommation accrue ne laisse plus de place aux personnes qui n’ont plus (ou pas) les moyens d’y participer.
Contrairement aux pays du Sud, l’aide n’est pas totalement uniformisée, et chaque pays possède ses propres moyens de réduction contre la pauvreté. Même si en Europe, le conseil européen propose une ligne directrice pour les pays membres.
Au Québec, la loi 112 adoptée en 2002 pour la lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale donne des responsabilités l’État en matière de lutte.Cela passe aussi par des réformes économiques pour réduire le chômage, ou encore le trop grand endettement de certains suite à la crise.
Même si les chiffres montrent un recul de la pauvreté dans l’absolu, en vérité, les écarts se creusent, l’intégration se fait de plus en plus difficile, et on rentre ainsi dans un cercle vicieux de la pauvreté (avec d’autres variables économiques, dont l’instabilité du secteur financier). La notion d’État providence n’est plus suffisante, les problèmes vont bien au-delà de cela, cela touche la sphère économique, politique et sociale.
Certaines solutions prônées sont vraiment très surprenantes, comme offrir 1000 $ à des femmes pauvres pour se faire ligaturer les trompes (car, oui, il faut éviter la reproduction de la pauvreté!!). Ou encore, imposer au maximum les personnes les plus riches pour une meilleure justice sociale (cela peut plus pousser à contourner le système).
Il sera intéressant d’étudier les modèles scandinaves, car ils sont les meilleurs élèves en matière de lutte contre la pauvreté, et peut-être pouvoir les adapter aux pays concernés.On se rend compte aujourd’hui que la lutte contre la pauvreté est pleine de défis quelque soit la zone géographique. La situation s’aggrave, les inégalités se creusent. Le besoin de changement de la méthode de lutte contre la pauvreté se fait ressentir, car ce n’est plus une action sur certaines variables qui est importante, mais une action politique durable qui est impérative.
Il ne faut pas pour autant annuler la valeur de l’effort accompli, car des millions d’hommes et de femmes qui luttent au quotidien, pour une société d’égalité, mais les objectifs sont encore loin d’être atteints.
Il sera intéressant de suivre les différentes réformes qui vont suivre, et en analyser les conséquences et effets sur cette variable ô combien complexe qu’est la pauvreté.
SOURCES :
Objetifs du millénaire: Luttre contre la pauvreté ou développement, par le Centre National de coopération au développement, disponible en ligne à l’adresse suivante: http://www.cncd.be/Objectifs-du-Millenaire-lutte (dernière consultation le 4 mars 2012)
Lutter contre la pauvreté, les politiques d’insertion, par Vie Publique, disponible en ligne à l’adresse suivante: http://www.vie-publique.fr/politiques-publiques/politiques-insertion/lutte-pauvrete/ (dernière consultation le 4 mars 2012)
Lutte contre la pauvreté-Une loi exemplaire, par le journal Le Devoir, disponible en ligne à l’adresse suivante: http://www.ledevoir.com/non-classe/17587/lutte-contre-la-pauvrete-une-loi-exemplaire (dernière consultation le 4 mars 2012)